Avec l’omniprésence des personnages de dessins animés qui inondent le quotidien, les parents voient souvent avec stupeur et amusement la passion avec laquelle leurs enfants se transforment, surtout les petites filles qui choisissent de se mettre dans la peau des princesses de ces contes.
Qui ne se rappelle pas s’être déguisé dans son enfance, en piquant la robe de maman et ses grandes chaussures pour jouer à la dame ? Le besoin de se mettre dans la peau d’un autre est étroitement lié au développement psychomoteur de l’enfant. Parfois, il est difficile pour l’adulte de comprendre les raisons qui motivent les filles à se déguiser en princesses ou en fées. En fait, la réponse est en lien avec des problématiques profondes vécus par l’enfant à une certaine période de sa vie. Et loin d’être un acte anodin, le choix des déguisements n’est jamais fait par hasard.
Un besoin irrépressible de métamorphose
Chez l’enfant, l’envie de grandir le pousse à agir comme ses parents, à s’identifier à eux, mais l’angoisse que cela crée leur donne envie de rester bébé. Il trouve alors un compromis dans le fait de se métamorphoser en un personnage qui incarne à la fois l’âge adulte et la vie insouciante de l’enfance. C’est le cas des contes où les personnages sont de jeunes filles qui grandissent insoucieusement et qui attendent la venue de leur prince charmant. Un pied dans l’enfance, un autre dans les rêves d’adultes… Le déguisement de princesse apporte de l’assurance à la petite fille face à l’angoisse des mutations auxquelles son corps va faire face.
La place de la magie
Dans la plupart des contes pour enfants, la magie a une place importante. Elle fascine les enfants au point de vouloir l’intégrer dans leur vie de tous les jours. La citrouille transformée en carrosse par un simple coup de baguette magique n’est pas aussi banale pour l’enfant qu’elle l’est pour l’adulte. Grâce à ce semblant de pouvoir, l’enfant a envie de transformer le monde, pense indépendamment des autres et se crée des idées. Ainsi, en se déguisant en des personnages dotés de pouvoirs extraordinaires, l’enfant exprime son envie de surpasser sa dépendance à ce qui l’entoure.
Le besoin de plaire
Chez la petite fille, le déguisement est aussi lié au besoin de plaire. A l’âge du complexe d’Œdipe, c’est un vrai délice de se faire admirer par son papa lorsqu’elle est habillée d’une robe de taffetas et qu’elle porte une couronne brillante. En fait, le choix du déguisement correspond à une période bien déterminée du développement de l’enfant et c’est à ce stade là que l’envie de se transformer en princesse est le plus évident. Les exclamations admiratives de papa contribuent à la faire grandir. Ce besoin inconscient de plaire à la figure paternelle ne peut parfois s’exprimer par des mots et, comme bien des pulsions, incitent la petite fille à trouver une autre façon de le faire savoir.
Se sentir dans la peau d’un plus fort
La petite fille, face à la grandeur des adultes qui l’entoure, se sent parfois faible et ressent l’envie de devenir un personnage mythique qui ait, le temps d’être dans cette robe de princesse ou de fée, des pouvoirs surnaturels. Ce concept est souvent incompris des grandes personnes et pourtant, c’est pour l’enfant une nécessité que de sortir de cette frustration. A travers le déguisement de princesse, la petite fille sort également du monde où elle est demandée à bien se tenir, à obéir à ses parents, à ne pas discuter des ordres, bref, à rester tranquille. En étant la princesse, elle se donne le pouvoir de donner les ordres l’espace de quelques heures. Derrière ce masque, le trop plein d’émotions peut sortir sans risques. Toutefois, certaines limites ont besoin d’être posées pour éviter à l’enfant qu’elle ne tombe pas totalement dans les rêveries et ait du mal à retourner dans la réalité. D’autres centres d’intérêts devraient devenir un dérivatif à ses pulsions.