Les sept princesses.
Il y a bien longtemps, dans un royaume riche et prospère, un roi et une reine désespéraient d’avoir un jour un enfant. Cela faisait bien des années qu’ils attendaient de voir leur vœu exaucé. Mais le château restait désespérément vide. Un jour, leur souhait devint réalité. Après neuf longs mois, la reine mit au monde non pas un enfant, mais sept. Sept princesses. Elle donna à chacune le nom d’une pierre précieuse.
Il y avait Agathe, espiègle et maline. Ambre était timide et parlait peu. Béryl était de toutes la plus coquette, Emeraude, la gourmande, était souvent secondée de Perle, la plus curieuse, lors de ses expéditions dans les cuisines du château. Rubis et Saphir était les sœurs inséparables, elles ne partageaient aucun secret avec leurs autres sœurs.
Les sept petites princesses étaient ainsi surnommées « les sept joyaux de la couronne ».
La vie s’écoulait doucement dans ce paisible royaume. Il n’y avait ni guerre, ni famine. Tout le monde était heureux. Mais un jour, les princesses Rubis et Saphir disparurent. On fouilla tout le château, en vain. Les petites princesses se mirent à pleurer. Que faire si l’on ne les retrouvait jamais ? Très vite, Agathe se ressaisit. Il ne fallait pas baisser les bras, on les retrouverait, qu’il faille retourner ciel et terre ou parcourir le monde. Le roi et la reine étaient de l’autre côté du royaume. Un messager fut envoyé aux frontières du pays pour les avertir de cette tragique histoire.
Agathe fixa l’une après l’autre ses sœurs. Sans Saphir et Rubis, elles se sentaient perdues. Agathe promit qu’elle les retrouverait. Tout d’abord, elles commencèrent par fouiller leurs chambres. Les murs et les robes des princesses disparues étaient rouges et bleus. Les sept princesse s’étaient mises d’accord pour que chacune d’elle porte une couleur se rapportant à son prénom. Saphir et Rubis portaient donc du bleu et du rouge. Agathe du rose, Ambre du jaune, Béryl du violet, Emeraude du vert et Perle du blanc.
Les chambres des disparues étaient toutes aussi désordonnées que d’habitude. Rubis et Saphir interdisaient aux servantes de rentrer à l’intérieur. C’était leur jardin secret, même les autres princesses n’osaient y pénétrer sans leur accord …
Qu’avaient donc en tête les deux petites filles ?
Emeraude proposa de fouiller les cuisines, en vain. Elles parcoururent toutes les pièces, mais à la fin de la journée, toujours aucune trace des deux fillettes. Perle se remit à pleurer, même Agathe commençait à avoir peur. Mais il restait un dernier endroit, où seul le roi et la reine avaient le droit de rentrer. La salle des trésors.
Les princesses durent ruser pour y avoir accès. Il fallait faire diversion. Ambre eut alors une merveilleuse idée. Elle se mit à pleurer et à crier juste devant les gardes. Elle jura avoir aperçu une grande ombre dans sa chambre. Sûrement le monstre qui avait déjà enlevé ses deux sœurs... Les deux gardes, dubitatifs, s’interrogèrent du regard, mais n’eurent d’autre choix que de la suivre. Béryl monta alors sur les épaules d’Emeraude pour attraper la clé de la salle. Elle était si haute ! Béryl tomba des épaules de sa sœur, mais Agathe et Perle la rattrapèrent. Elles poussèrent ensemble la grande porte en fer forgé, puis une seconde, et encore une troisième !
Elles pénétrèrent dans la salle. Des montagnes de pierres précieuses et de pièces d’or se dessinèrent dans la pénombre. Agathe prit une torche accrochée au mur et parcourut la pièce. Aucune trace de leurs sœurs. Où diable étaient-elles passées ?
Dans le coin le plus sombre de la pièce, elle trouva tout à coup une poignée, et la tira de toutes ses forces. Un passage s’ouvrit alors dans le mur. L’espace ouvert était vraiment étroit, mais assez grand pour qu’un enfant puisse y passer. Perle et Emeraude suivirent Agathe, mais Béryl, terrorisée, refusa de les suivre.
La nouvelle pièce était encore plus sombre que la précédente. Il y avait d’énormes toiles d’araignées sur les murs. Perle étouffa un cri lorsque des toiles se prirent dans ses cheveux. C’est à ce moment qu’elles purent lire un avertissement sur une petite pancarte de bois complétement rongée par le temps. Il y avait écrit :
Vous qui pénétrez dans la salle des secrets,
Prenez garde à ne pas vous laissez étourdir par tant de beautés.
- On devrait partir, suggéra Emeraude d’une faible voix.
- Je suis d’accord avec Emeraude, j’ai trop peur et de toute façon, ni Rubis ni Saphir ne sont là. Viens, Agathe, on repart ! Papa et Maman ne tarderons pas à revenir.
Mais Agathe voulait en avoir le cœur net. Son instinct lui disait que ses sœurs étaient passées par ici.
C’est alors qu’un évènement incroyable eut lieu. Subitement, des montagnes de biscuits et de gâteaux à la crème se matérialisèrent devant elles. Emeraude n’en croyait pas ses yeux !
- Regardez, il y a des dizaines de mes gâteaux préférés, là, juste devant nous ! s’écria-t-elle.
Agathe et Perle ne voyaient pourtant rien. Après quelques secondes, Perle jura voir des dizaines et des dizaines de robes toutes plus splendides les unes que les autres. Quand à Agathe, elle distinguait nettement le prince Hugo, le héros de son histoire préférée. Mais cela, elle préférait le garder pour elle…
Agathe réfléchit un instant. Cela ne faisait aucun doute : cette pièce secrète faisait apparaître ce que l’on voulait. C’est alors que lui vint une idée. Elle dit à ses deux sœurs de penser très fort à Rubis et Saphir, qui apparurent aussitôt derrière elles, cachées sous une couverture.
- Oh non, les filles ! Notre cape d’invisibilité ! On s’amusait tellement à vous suivre et à vous voir courir partout ! A cause de vous, ça ne marche plus maintenant… On peut nous voir à nouveau…
Les deux sœurs étaient visiblement déçues de voir leur petit jeu démasqué. Mais Agathe leur assura que leurs parents seraient nettement plus fâchés de savoir quel mauvais tour elles leur avaient joué !
Les sept princesses se réunirent dans la chambre d’Agathe et rirent de cette aventure, qui avait pourtant si mal commencée. Quand le roi et la reine revinrent au château, ils furent bien soulagés de voir leurs sept filles réunies et en bonne santé. La porte de la salle secrète fut scellée, de peur que quiconque ne vienne prendre le pouvoir qui y était enfermé. C’est ainsi que les sept joyaux de la couronne connurent leur première aventure, la première d’une longue suite d’histoires plus fantastiques les unes que les autres. Mais cela est encore une autre histoire…