Maricha, princesse ordinaire.
Maricha était une princesse ordinaire… ce qui signifie une princesse comme les autres princesses : elle vivait dans son grand château entouré d'un parc gigantesque. Elle n'allait pas à l'école car elle étudiait avec sa maîtresse personnelle. Elle avait une grande chambre, à elle toute seule, remplie de jouets. Elle possédait les plus belles poupées avec des costumes somptueux. Elle était entourée d'adultes à son service. Bref, Maricha était une petite fille très gâtée et pourtant, elle n'était pas heureuse.
Maricha avait tout. Tout, sauf une amie avec qui partager ses jeux.
En effet, le parc du château était très vaste mais elle n'avait personne avec qui jouer à cache-cache. Sa maîtresse s'occupait très bien d'elle mais elle n'avait pas d'amie pour partager son goûter de la récréation. Ses poupées étaient si précieuses qu'elle n'osait pas les manipuler de peur de les casser. Et sa chambre était si grande qu'elle en était austère.
Alors, pour vivre comme les enfants de son âge, plusieurs fois elle avait demandé à ses parents de l'inscrire à l'école du village ou d'organiser une fête pour inviter des camarades. Mais le roi et la reine avaient toujours refusé qu'elle côtoie les autres. "Une princesse se doit de jouer à des jeux de princesse et ne doit pas se mélanger aux autres enfants !" avaient-ils répondu d'un commun accord. Maricha obéissait à ses parents comme le font les princesses ordinaires…
Un jour qu'il faisait beau, elle eut tout de même l'autorisation d'aller se promener seule près du ruisseau qui bordait les terres du château. Quand elle arriva près de l'eau, elle trouva une petite bergère qui faisait boire son troupeau de moutons. Maricha s'approcha d'elle et les deux fillettes firent connaissance. La petite bergère s'appelait Clara. Elle était la fille d'un paysan du village. Clara présenta ses moutons à la nouvelle venue. Un par un, elle les nomma car chacun avait un nom. Les deux fillettes passèrent la matinée à jouer à saute-mouton pour de vrai, à faire des ricochets et à discuter de tout et de rien, des fleurs et des nuages. Maricha n'avait jamais fait cela. Au début elle était un peu hésitante car elle se souvenait des paroles de ses parents et ne voulait pas les décevoir, mais Clara était si gentille et ses moutons si rigolos qu'elle s'était laissée porter par tant de bonheur. Le temps passa à toute vitesse et bientôt il fut l'heure pour chacune de rentrer.
Quand elle arriva au château, Maricha trouva sa demeure bien trop grande, trop froide et trop calme.
Durant les jours qui suivirent elle resta dans sa grande chambre bien rangée à ne rien faire. Elle n'avait plus d'appétit, elle n'arrivait plus à apprendre ses leçons, elle n'avait plus envie de se promener dans le parc. Ses parents s'inquiétèrent et lui achetèrent de nouvelles poupées, elle resta muette ; de nouveaux vêtements, elle ne les essaya pas ; et même une nouvelle couronne, elle la regarda à peine. Son silence durait depuis une semaine. Après sa matinée passée avec Clara, Maricha trouvait sa vie trop triste. Elle ne cessait de penser que tout cela était injuste. Pourquoi n'avait-elle pas le droit d'avoir des amis ? Elle aurait voulu échanger toutes ses richesses contre une simple amitié. Elle tomba malade de tristesse mais ses parents ne comprirent pas. Ils firent venir le médecin le plus compétent qui lui fit passer toute une série d'examens. Il n'y avait rien d'anormal. Le médecin trouva cela très étrange et il lui posa alors une question très simple : "Qu'est-ce qui te met dans un tel état, ma petite princesse ?" Dans un sanglot Maricha répondit : "Je voudrais être une enfant ordinaire et avoir une amie avec qui m'amuser". Et elle lui raconta la matinée qu'elle avait passée avec Clara.
Le médecin alla trouver le roi et la reine et leur exposa le problème. Le résultat ne se fit pas attendre : on invita la petite Clara au château qui, elle-même, fut très heureuse de cet honneur. Elle trouva l'endroit merveilleux et les poupées de Maricha exceptionnelles ! Les deux petites filles jouèrent ensemble avec grand bonheur et ce n'était que le début d'une grande complicité.
Maricha fut inscrite à l'école du village. Elle se fit des tas d'amis… et le roi et la reine trouvèrent, eux aussi, beaucoup de plaisir à faire comme les gens ordinaires, quand ils allaient chercher leur fille à l'école et qu'ils rencontraient les autres parents.